
Georges Forestier et Claude Bourqui, deux éminents spécialistes de Molière sont venus présenter à l'Université de Fribourg leur aventure éditoriale concernant la publication de la nouvelle édition des oeuvres complètes du dramaturge français dans la bibliothèque de la Pléiade. L'abondant public a pu s'enthousiasmer devant le talent de ces deux orateurs, une conférence pleine d'érudition et d'anecdotes ponctuées par les vibrantes lectures d'Emmanuelle Ricci et de Frank Michaux, comédiens professionnels engagés dans le projet des Femmes savantes joué au même moment au Théâtre des Osses de Fribourg.

Ce colloque sur les avant-gardes européennes se proposait d'étudier les rapports que la modernité artistique, dans sa version la plus radicale, entretenait avec des courants idéologiques qui sont en apparence incompatibles avec elle, tels que le nationalisme, l'impérialisme culturel, ou encore le "traditionnalisme" - des rapports qui, bien au coeur de la dynamique d'avant-gardes majeures, restent relativement marginaux dans l'historiographie de ces mouvements. Réunissant autour de ces tensions paradoxales quelques uns des plus importants spécialistes sur les avant-gardes fameuses, notamment française et italienne, mais aussi moins notoires comme l'avant-garde roumaine et néerlandaise, ce colloque de trois jours a largement comblé les attentes et nous a bien démontré que les questions posées, loin d'être définitivement résolues, attisent encore les débat et confrontent des positionnements critiques problématiques. Nous attendons impatiemment la publication des actes qui rendront compte de la richesse et de l'aspect nodal d'une telle réflexion.

Nathalie Mauriac Dyer nous a fait l'honneur d'accompagner avec fraîcheur les derniers jours ensoleillés de cette fin de semestre 2011. Autour du fond archivistique de Marcel Proust, c'est la question du travail plastique de l'écrivain qui interpelle. Sculpteur? Modeleur? L'écrivain copie, découpe, déplace, colle littéralement les morceaux d'un texte en fragmentation constante, en perpétuel réorganisation, en progressive esquisse. Les carnets de Proust sont de véritables livres de croquis. Ils témoignent du processus génétique dans lequel affleure le souci détailliste, ce perfectionniste formel duquel émergera l'un des romans les plus décisifs du XXe siècle. Un grand merci à Nathalie Mauriac Dyer qui, évoquant subtilement les dépliements et les circonvolutions d'un texte dans ce qu'il a de matériel à sa source, nous a ramené au plus proche d'un objet que les études critiques pourrait avoir tendance à "dématérialiser".
La fin de l'histoire du livre?
Dans le cadre du cours d'Histoire du livre et de la lecture, mais plus généralement dans celui de nos habitudes de lecteur au sein d'une ère dominée par l'informatique, le stockage et le transfert immédiat des données, la question de l'obsolescence du livre a de quoi faire réfléchir. Le papier n'a-t-il plus qu'une valeur poétique: condamné à disparaître sous l'économie matérielle du code binaire, dépassé par les évidents avantages de GoogleBooks et des clés USB? Frédéric Saby, conservateur général des bibliothèques de France et directeur de la bibliothèque universitaire de Grenoble, a fait halte à Fribourg pour interroger les relations complexes qu'entretiennent le livre-papier, le livre numérique et leurs lecteurs. Sans conservatisme ni parti pris, sa très belle conférence illustrée par des chiffres et des études dont les résultats surprennent étrangement nos esprits littéraires sans doute trop prompts à s'indigner, nous a montré que le lectorat reste considérablement attaché à l'objet-livre et que sa numérisation ne rime pas nécessairement avec sa néantisation.

Lorsque Pierre de Castella décida de céder à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg, la bibliothèque familiale dont il fut l'ultime légataire, s'ouvrait derrière les étagères impassibles un horizon de promesses. En effet, outre les milliers de volumes acquis depuis le XVIIIe siècle par ses différents promoteurs, le fond de livres s'accompagnait d'une impressionnante somme d'archives dans lesquelles affleuraient les possibilités de renouer les dialogues érodés sous la patine du temps, de restituer le tissage complexe entremêlant le livre, son libraire et son lecteur. Confronter l'histoire littéraire qui, bien que véhiculée par le livre, semble souvent s'ériger à côté de lui et de manière relativement autonome, à l'histoire du livre et réciproquement, l'occasion était trop belle pour ne pas s'en saisir. Le croisement des regards fut à la source d'étonnantes découvertes qu'il eut été dommage de ne pas soumettre au public. Autour d'une exposition montée dans les locaux de la bibliothèque cantonale, plusieurs spécialistes de l'histoire du livre tels que Robert Darnton, Frédéric Barbier, Frédéric Saby, sont venus partager l'enthousiasme des étudiants-chercheurs dans le cadre d'un symposium aussi stimulant que nourrissant. Actes à paraître prochainement. L'exposition, quant à elle, a désormais été convertie en mode vituel.



